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Syrie : le SOS des humanitaires sur la situation des habitants d'Alep

Actualités

Syrie : le SOS des humanitaires sur la situation des habitants d'Alep

29
Nov
2016

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Depuis plus d'une semaine, la bataille à Alep-est, en Syrie, redouble de violences. Les habitants, qui font face à des bombardements incessants, vivent dans des conditions déplorables avec un accès aux soins de plus en plus limité. Plusieurs humanitaires ont témoigné pour Le Figaro, et racontent une situation sans précédent.

«Purge», «guerre totale». Les expressions utilisées par les humanitaires pour définir ce qu'endurent les habitants d'Alep en Syrie se ressemblent. Elles décrivent des scènes de souffrance et un conflit dans une impasse. Mardi, par la voix de Jean-Marc Ayrault, la France a demandé la tenue d'une réunion en urgence du Conseil de sécurité de l'ONU pour évoquer la «catastrophe humanitaire» en cours dans la ville. «Plus que jamais, il y a urgence à mettre en œuvre une cessation des hostilités et à permettre un accès sans entrave de l'aide humanitaire», a déclaré le ministre des Affaires étrangères. Depuis quelques jours, l'armée syrienne et ses alliés ont lancé une opération de reconquête des quartiers encore tenus par les rebelles . «Depuis mardi dernier, l'intensité des combats a redoublé. Une nouvelle phase de conquête a débuté avec de nombreux bombardements qui visent particulièrement les dispositifs de soins», explique au Figaro le docteur Jean-François Corty, directeur des opérations internationales de Médecins du Monde.

Ces bombardements ciblés ont provoqué une crise humanitaire sans précédent dans la ville d'Alep. Les services de secours sont démunis face au flux de blessés qui avoisine les 250 à 300 par jours. «Nous sommes face à une situation très difficile. C'est très compliqué de faire notre travail car le nombre d'ambulances ne suffit plus. La plupart ont été détruites par les bombardements. J'ai dû, plusieurs fois, transporter sept blessés en même temps dans la mienne. Il y a également un manque de carburant à cause du siège et nous ne savons plus où emmener les blessés. Il existe quelques centres de soins de fortune mais ils ne sont pas suffisants pour accueillir tout le monde», raconte au Figaro, Alaa Abou Ali, secouriste dans Alep-est pour l'association Syria Charity

Alep-Ouest pas épargné
Selon l'ambulancier, seul l'hôpital Al-Quds, dans le quartier Salaheddine, est encore opérationnel, mais ce dernier est éloigné des zones les plus bombardées. «Nous sommes obligés de faire de nombreux allers-retours pour transporter les blessés et beaucoup perdent la vie au cours du trajet», déplore Alaa Abou Ali. Mais sur l'état de fonctionnement de l'hôpital Al-Quds, le docteur Othman se montre plus dubitatif. «Quand on parle d'hôpital opérationnel, il faut savoir que ce n'est pas un hôpital comme vous pouvez le concevoir en France. Il s'agit ici d'un hôpital de fortune, simplement composé de quelques chambres et d'une seule salle d'opération», remarque ce médecin qui était cardiologue à Alep-est avant d'être blessé dans un bombardement. «Lorsque l'on a dix blessés devant nous, on prend le premier, on tente de le soigner. Ensuite, le deuxième et ainsi de suite. Si on a le temps de sauver tout le monde tant mieux mais c'est rarement le cas».
Le docteur Othman travaillait de 8 heures à 23 heures, chaque jour, avant d'être exfiltré en France pour pouvoir être soigné. «Je ne voulais pas partir parce que c'est ma ville, mon pays. En tant que médecin, aider, soigner mes patients c'est mon devoir, ma raison de vivre», confie-t-il.
» Alep-Est: la situation dégénère alors que plus aucun hôpital ne fonctionne 
Autre problème d'ampleur pour les équipes médicales sur place: l'absence de ressources pour soigner les blessés, la communauté internationale ne pouvant plus acheminer ni médicaments, ni ration alimentaire depuis plusieurs semaines. «La situation est alarmante. Il n'y a aucun couloir humanitaire. Bientôt ils seront à court de médicaments. L'accès à l'eau et à l'électricité est extrêmement restreint», s'alarme Jean-François Corty auprès du Figaro.

«Beaucoup ont accepté le fait qu'ils risquent de mourir»

Pierre Le Corf, humanitaire français basé à Alep-Ouest.
Face à l'intensification récente des frappes et des combats au sol, près de 16.000 civils ont fui Alep-est «au cours des derniers jours» vers d'autres parties de la ville dont la partie ouest, a annoncé mardi un haut responsable de l'ONU qui parle d'une situation «alarmante et effrayante». «Les premiers rapports indiquent que jusqu'à 16.000 personnes ont été déplacées, beaucoup dans des situations incertaines et précaires. Il est probable que des milliers d'autres n'auront pas d'autre choix que de fuir si les combats continuent (...) à s'intensifier au cours des prochains jours», a-t-il ajouté.
Crédit: (Pierre Le Corf/Facebook)

 

Si la situation dans l'est de la ville est médiatisée de par son côté tragique, Alep-ouest vit également dans une «situation humanitaire assez catastrophique», confie Pierre Le Corf, rare français présent dans la ville. Ce Breton d'origine s'est installé à Alep il y a huit mois. «J'avais déjà voyagé dans des lieux en proie à la violence, où les gens sont marginalisés. Mais ce que j'ai découvert ici était bien pire. J'ai vu des personnes que je connaissais mourir».
Grâce à son ONG We Are Superheroes, le jeune homme de 27 ans, vient en aide à la population d'Alep-ouest. Il distribue des kits de secours, enseigne les gestes qui sauvent et organise également des activités culturelles pour les plus jeunes. Après un temps d'adaptation, il s'est fait accepter par la population. «Il faut comprendre qu'ici, les gens essaient de continuer à vivre. Les écoles, les universités sont toujours ouvertes. Mais ils ont adopté une nouvelle philosophie de vie. Beaucoup ont accepté le fait qu'ils risquent de mourir. Du coup on voit des familles circuler en groupe alors qu'il y a des tirs de mortier, de roquettes».
Pierre, qui explique être le seul Français présent dans la partie ouest de la ville, a décidé de rester en Syrie. «Je ne bougerai pas tant que la situation requiert une aide humanitaire. Et ce n'est pas près de s'arrêter», regrette-t-il.


Par Guillaume Descours

Publié
Lefigaro : http://www.lefigaro.fr/international/2016/11/29/01003-20161129ARTFIG00210-syrie-le-sos-des-humanitaires-sur-la-situation-des-habitants-d-alep.php